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Affichage des articles du 2012

LES MORTS NE SONT PAS MORTS - BIRAGO DIOP

Les morts ne sont pas morts
Les morts ne sont pas morts
Ecoute plus souvent
Les choses que les êtres,
La voix du feu s'entend
Entends la voix de l'eau
Ecoute dans le vent
Le buisson en sanglot :
C'est le souffle des ancêtres.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis
Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire
Et dans l'ombre qui s'épaissit,
Les morts ne sont pas sous la terre
Ils sont dans l'arbre qui frémit,
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l'eau qui coule,
Ils sont dans l'eau qui dort,
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule
Les morts ne sont pas morts.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis,
Ils sont dans le sein de la femme,
Ils sont dans l'enfant qui vagit,
Et dans le tison qui s'enflamme,
Les morts ne sont jamais sous terre,
Ils sont dans le feu qui s'éteint,
Ils sont dans le rocher qui geint,
Ils sont dans les herbes qui pleurent,
Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,
Les morts ne sont pas morts.
E…

Poème de Jamila Abitar

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Il se situe à Dakar
pari au-delà de Katmandou,
en dessous de tout à fric.

Il n’a aucune région
à part sa religion,
au café des fous de lettres.

Il ne se serait pas compris
si lui-même n’était pas foule,
dans ce tout à refaire.

Dans un théâtre tenu par des incompris,
l’univers de contes renaît
d’un parchemin de peines ramassé.

L’astre de vœux lumière
fait offrande au lac.

Les fous tirent la langue

à la science bloquée
d’arts chimère morts.

Aux frontières ils imaginent
le rêve, l’âge qui craint
l’ombre et les démons.

Partout dans des textes,
des prétextes dans le regard
pour voir entre les mains.

©Jamila Abitar
In L'aube sous les dunes

A Marrakech, derrière la Koutoubia

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Cinq heures.
Sous un soleil de plomb,
Marrakech m’appelle.
La caravane approche, le cimetière se vide.

La dérive se trouve au bord du rivage.

Je rejoins le marché, le chemin des artistes.

Mogador me montre du doigt :

« Toi, qui viens chercher le rêve,
bois ce thé et souviens-toi
que d’autres t’ont précédé
sur le chemin de l’errance ! ».

©Jamila Abitar

Editions alfAbarre - février 2012, Collection Paroles nomades

http://alfabarre.com

A Marrakech, derrière la Koutoubia

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L'appel au vocable
Marche sur ce sable
Attend l'heure
Où les mots tombent
Avec justesse

Sur le palier
L'inconnu sonne
L'Atlas se réveille

Insigne d'une mémoire
La parade retrouvée
Concordance de l'image
Répond à l'appel

Simple, comme cette lumière que l'on voit
cette rencontre entre ces murs qui embrassent l'intemporel, entre
ces deux lumières du jour, devant la porte de la baraka.
Celle que l'on peut voir lorsque "le soleil se couche sur le sable aux reflets d'or aux milles éclats",
Celle que l'on retrouve lorsque le soleil se couche derrière la Koutoubia, devant
les colombes en vol.
Devinettes qui émerveillent l'enfant, qui continue de penser la langue maternelle
l'intelligence qui le rend fou et le jeu amusant.
Cela dure tout le temps jusqu'au singulier
qui titille l'imagination convoitée par les ignorants qui se limitent aux récréations.
Ecoute la médina ocre parler aux remparts désabusés, de l'od…

Hommage aux Rifains

Un chant d’espoir vient au loin.
Au passage des décombres
une parole attendue lève l’ancre
bourlingue dans les Ksour
tandis que les pierres tiennent au chaud
sous une magnifique poudreuse
parcourt, expérimente
les paroles qui sécrètent la voie
par l’usage du silence
peint l’amour et son secret.
A quoi bon relater
le brouhaha des citadins
les intrigues communautaires
dans un livre ouvert
ce sont les royaumes
qui laissent l’imagination de chacun
retrouver sa part de vérité
le plaisir éprouvé
à dire ce qui ne se dit pas
le silence perpétue l’instant
le regard se perd d’entre les mondes
chose visible
la quiétude des morts sort des nuées
telle une promesse jetée dans le bleu infini.

©Jamila Abitar

Montagne et désert: Toubkal mon étoile

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Ta dimension héberge le cœur la nuit lorsque les étoiles sont froides, une tente, un feu, du thé et une mémoire qui revit. Le Maghreb recouvre son souf, retrouve ses villages cubiques, la neige entassée, la rudité du quotidien des vies passées sous silence...

et l’ocre qui embrasse nos corps en suspend, l’oiseau tente de s’y retrouvé, à 4167 m, Toubkal, mon étoile, tu seras mon repère. ô Toubkal ! ô sérénité ! que tu es loin de la fanfare ! la fanfare ? c’est peut-être ce que l’on refuse d’entendre qui soudain fait du bruit. Force vive qui ne sert à rien, l’enfant pleure, la solitude l’emporte. De quelle source jailli l’inconscient ? où peut-on emmener nos fruits quand on sait de quoi se nourrissent les vaches ? Ô miracles, des poissons d’argent sont en train de chanter la chanson du prisonnier qui libère l’homme de l’homme pour ne pas avoir à construire de mur. Bridée, blindée, la proie disparaîtra sous le bruit des casques.

Haut-Atlas,
tu es hors de la mêlée.

A 2167 mètres le co…

Le petit jardin

Poème pour rendre à la langue
Sa robe informelle
La grâce de nous appartenir
Pour nous faire revenir
Sur le corps des syllabes
La voix qui éveille en nous
Le verbe
L’objectivité
Et la lumière qui défile sans fin
Visite Jenine, les larmes posées sur le seuil d’une maison vide.
Prompts à l’exil, les survivants du visible
Se réveillent au pied des phares hospitaliers.
Attente-réconciliation et calme-absence.
Les robinets de l’or noir sont taris.
Espace occupé, terrain glissant, cohésion, honnêteté, impasse.
Le dialogue s’amorce.
Pris sur le vif du sujet : victimes, belligérants et conscience tranquille.

Il n’est pourtant plus question de lire dans le blanc des yeux,
le rouge de la clandestinité.

Quand les poètes auront les montagnes pour chevet,
la lumière sera celle de la liberté.

Reprends les tiens visiteur,
pour que leur vie ne termine pas noyée au fond des océans.
La continuité ne tient pas au superficiel.
Une seconde vie et une sagesse pour penser l’impérialisme éphémère.
Assassins…

Une nuit au Riad Sahara Nour

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Le poète sans frontières
sait ce que vos larmes ont pleuré la veille.
Il ne décide pas ses mots, ils s'imposent à lui
comme un commandement à écrire
à saisir la flamme et l'orage du dehors
au grand risque, oui, au grand risque
de se faire clouer.
Mais, on lui pardonnera pour la beauté de la langue
pour son obstination à dire le monde.
Le poète n'est pas là pour séduire
mais pour dire
la paralysie du rêve
et l'audace de faire un enfant à la lueur du matin.
Ce poète ou plutôt ces poètes aimeraient souffrir de leur unique
douleur, mais ils n'ont pas le choix, ils sont multiples dans ce monde
et antidotes du quotidien lassant.



Nous les remercions pour leur présence à la Soirée Internationale de la Poésie, organisée par la poétesse et chanteuse Lucile Bernard, fondatrice du Centre de Création Artistique Riad Sahara Nour. Une grande dame dont la beauté rayonne chaque jour dans le Riad. www.riadsaharanour-marrakech.com



Une autre grande dame, qui elle, œuv…

Le voile

La démocratie : ces mots qui nous font tant parler.
Il s’agit de la démocratie. Un terme bien galvaudé, servi à toutes les sauces, gavé de surcharges sémantiques et autres omissions ou dérives pathologiques, voire politiciennes, médiatiques ou procédant du phénomène de mode, du marketing du verbe.

Un figurant ne se voilait pas la face, il figurait. L’ordre des choses voulait faire bonne figure. Atténuer ses imperfections et tendre vers un idéal : il s’agit de la démocratie. Un terme bien galvaudé, servi à toutes les sauces, gavé de surcharges sémantiques et autres omissions ou dérives pathologiques, voire politiciennes, médiatiques ou procédant du phénomène de mode, du marketing du verbe, du prêt à porter où, de haute couture, la démocratie, bien que malmenée, est, semble-t-il, et sous toutes réserves, celle qui vous permet de vivre en paix, de vous nourrir, de vous distraire, et de vous habiller comme vous le désirez. Or, au pays de Marianne, combien même celle-ci porte une toque sur…